Samedi. Pluie encore.
Une ferme laitière conventionelle dans l'état de Baden-Württermberg. Avant de venir ici, plusieurs personnes m'ont demandé sur quel genre de ferme je m'en allais. J'ai constaté que je ne savais pas quoi leur répondre. En effet, j'ai reçu si peu de réponses de la vingtaine de mails que j'ai envoyés à des fermes en Allemagne, qu'à la fin j'ai dit ok à presque tous ceux qui m'ont écrit, sans autre forme de procès. Et heureusement car, si j'avais su à quoi m'attendre ici, je ne serais sans doute pas venue, mais maintenant que j'y suis, je suis ravie de faire cette expérience; j'ai le sentiment qu'elle a quelque chose d'assez fondamental.
Car en découvrant le fonctionnement de cette ferme laitière très standard, j'ai l'impression de découvrir vraiment le monde tel qu'il est. Voilà d'où viennent vraiment tous ces litres de lait, de fromage, de yaourt, et de crème glacée que j'ai ingurgités au cours de ma vie (jusqu'à ce que je réalise qu'ils me rendent malade...).
Pourquoi est-il devenu impossible de produire de la nourriture de façon saine, et d'en faire suffisamment d'argent pour se maintenir dans le système? La réponse m'apparaît si clairement ici sur cette ferme, au milieu de tous ces tracteurs dont les roues sont plus hautes que moi (au moins 5): c'est parce que nous mangeons du pétrole et du minerai. Voilà ce qui nous a permis de passer de 90 à 10 % d'agriculteurs. Parce que les tracteurs travaillent pour nous.
Et oui, ça paraît évident. Et pourtant, j'ai l'impression que je ne l'avais jamais réalisé avant. Avant de voir ces vaches qui passent leur vie dans l'étable, nourries à coups de pelleteuse. Avant de voir ces hectares de champs qui ne voient plus passer sur eux que des pneus. Avant d'entendre le bruit des tracteurs, à longueur de journée, dans cette belle et verte campagne.