The more I spend time with animals, the more I am totally amazed by how different and yet still similar they are in spirit. That sounds a bit silly to say. I guess, they take more and more of a shape for me; whereas they were for me before simply names and distant looks - the look of the horse, the look of the dog, the look of the cow -, they are now becoming souls as well - intricate, complex, characteristic, yet so particular.
Does the cow eat grass because it has a digestive system which can digest it, or because it has a soul which likes to eat grass? The question might sound silly. But such is the question which now comes to me.
Saturday, 20 March 2010
De l'argent pour une âme
Me voici de retour chez Peter et Julie. Il a fait bien chaud et soleil les deux derniers jours. Quel régal.
Mon séjour chez Jenny m'a impressionnée de toutes sortes de façons. J'y ai appris tant de choses, entre autres sur les animaux, l'élevage et moi-même. Comme, par exemple, que je n'aime pas l'élevage.
Je n'arrive pas à me sentir à l'aise avec l'idée de les garder prisonnières dans un enclos, d'être gentille, de nourrir et de soigner des bêtes, dans l'unique objectif de les vendre pour qu'elles soient mangées. Je ne saurais dire pourquoi, mais je n'ai jamais ressenti un tel inconfort chez Peter et Julie, qui n'élèvent pas les animaux pour les vendre, mais pour leur propre usage. Peter dit toujours que la production de nourriture ne peut être faite étiquement via le système monétaire. Il me semble que je commence, sinon à comprendre ses raisons de le dire, au moins à être d'accord avec lui.
Lorsque j'élève un animal tout en sachant que je vais le manger, il s'agit d'un accord entre lui et moi. Je suis gentille avec lui, je le nourris, je lui donne de la place pour mener une vie paisible et tranquille et agréable, afin que je puisse moi aussi mener une vie tranquille et agréable, sans avoir à me soucier de savoir si oui ou non je trouverai encore à manger demain. Je peux alors ressentir cela comme une coopération. Tous deux, nous bénéficions d'être agréables l'un à l'autre. Il se trouve que c'est moi qui tue le mouton, ou le poulet. Certes. Mais quand on voit que ce qui compte le plus c'est bien la façon dont on vit, plus que le fait de mourir, alors une mort soudaine paraît bien peu importante. C'est moi qui tue le poulet et qui le mange, parce que c'est moi qui suis carnivore, et non pas le poulet...
Mais si j'élève cet animal pour en obtenir de l'argent, et cela pour: acheter du pétrole ou de l'énergie nucléaire pour me chauffer, acheter peut-être de la nourriture pour l'animal, acheter des matériaux pour mettre dans ma maison, acheter des matériaux pour me mettre sur le dos... alors il me semble beaucoup plus difficile de voir où est la coopération entre l'animal et moi, ou peut-être plutôt, de la ressentir. Elle devient si diluée par des tas d'intermédiaires, si plutôt rationnelle que perceptuelle, qu'il me semble qu'elle en meurt.
Je crois que Jenny souffre un peu du même inconfort. Depuis que je la connais, sensible et amoureuse des animaux comme elle est, je me demande comment elle fait pour être en accord avec tout ça. D'autant plus que, pour couronner tout le mystère, elle est végétarienne.
Un jour, on lui a demandé comment elle pouvait être en accord avec un élevage pour des raisons (manger de la viande) avec lesquelles elle n'adhère pas elle-même. Elle a répondu que elle espère qu'"un jour l'humanité élèvera des bêtes pour d'autres raisons que d'être mangées". (Peter qui était là a blagué, "ce qui ferait un diablement grand nombre d'animaux de compagnie" - se sentant aussitôt un peu gêné par son propre cynisme.)
Jenny avec son petit élevage, dans lequel chaque animal est aimé et son histoire personnellement connue, cherche, à sa façon, à lutter contre l'état d'esprit capitaliste de l'élevage - dans lequel un animal n'est qu'un objet, qu'un simple moyen de créer de la monnaie, et de remplir un estomac.
Mais au fil des jours avec elle, je l'ai surprise dans plus d'une situation où il devient pour elle impossible d'accorder son noble objectif avec la pure réalité qui est pour elle, qu'elle doit, pour survivre, vendre des agneaux pour qu'ils soient mangés. Je l'ai vue donc se fâcher contre des mères un peu malhabiles, parce qu'elles piétinent leurs agneaux.
Cette réaction ne vient pas de Jenny. Ces mots viennent de cet argent qu'elle doit bien gagner. Si elle veut pouvoir acheter son pain, son essence pour son tracteur, sa nourriture pour ses bêtes...
Alors je me suis dit que Jenny est esclave de ce contre quoi même elle cherche à lutter. Cela m'a semblé un peu tragique. Ou peut-être pas?
Il faut bien, parfois, savoir accepter la contradiction...
Mon séjour chez Jenny m'a impressionnée de toutes sortes de façons. J'y ai appris tant de choses, entre autres sur les animaux, l'élevage et moi-même. Comme, par exemple, que je n'aime pas l'élevage.
Je n'arrive pas à me sentir à l'aise avec l'idée de les garder prisonnières dans un enclos, d'être gentille, de nourrir et de soigner des bêtes, dans l'unique objectif de les vendre pour qu'elles soient mangées. Je ne saurais dire pourquoi, mais je n'ai jamais ressenti un tel inconfort chez Peter et Julie, qui n'élèvent pas les animaux pour les vendre, mais pour leur propre usage. Peter dit toujours que la production de nourriture ne peut être faite étiquement via le système monétaire. Il me semble que je commence, sinon à comprendre ses raisons de le dire, au moins à être d'accord avec lui.
Lorsque j'élève un animal tout en sachant que je vais le manger, il s'agit d'un accord entre lui et moi. Je suis gentille avec lui, je le nourris, je lui donne de la place pour mener une vie paisible et tranquille et agréable, afin que je puisse moi aussi mener une vie tranquille et agréable, sans avoir à me soucier de savoir si oui ou non je trouverai encore à manger demain. Je peux alors ressentir cela comme une coopération. Tous deux, nous bénéficions d'être agréables l'un à l'autre. Il se trouve que c'est moi qui tue le mouton, ou le poulet. Certes. Mais quand on voit que ce qui compte le plus c'est bien la façon dont on vit, plus que le fait de mourir, alors une mort soudaine paraît bien peu importante. C'est moi qui tue le poulet et qui le mange, parce que c'est moi qui suis carnivore, et non pas le poulet...
Mais si j'élève cet animal pour en obtenir de l'argent, et cela pour: acheter du pétrole ou de l'énergie nucléaire pour me chauffer, acheter peut-être de la nourriture pour l'animal, acheter des matériaux pour mettre dans ma maison, acheter des matériaux pour me mettre sur le dos... alors il me semble beaucoup plus difficile de voir où est la coopération entre l'animal et moi, ou peut-être plutôt, de la ressentir. Elle devient si diluée par des tas d'intermédiaires, si plutôt rationnelle que perceptuelle, qu'il me semble qu'elle en meurt.
Je crois que Jenny souffre un peu du même inconfort. Depuis que je la connais, sensible et amoureuse des animaux comme elle est, je me demande comment elle fait pour être en accord avec tout ça. D'autant plus que, pour couronner tout le mystère, elle est végétarienne.
Un jour, on lui a demandé comment elle pouvait être en accord avec un élevage pour des raisons (manger de la viande) avec lesquelles elle n'adhère pas elle-même. Elle a répondu que elle espère qu'"un jour l'humanité élèvera des bêtes pour d'autres raisons que d'être mangées". (Peter qui était là a blagué, "ce qui ferait un diablement grand nombre d'animaux de compagnie" - se sentant aussitôt un peu gêné par son propre cynisme.)
Jenny avec son petit élevage, dans lequel chaque animal est aimé et son histoire personnellement connue, cherche, à sa façon, à lutter contre l'état d'esprit capitaliste de l'élevage - dans lequel un animal n'est qu'un objet, qu'un simple moyen de créer de la monnaie, et de remplir un estomac.
Mais au fil des jours avec elle, je l'ai surprise dans plus d'une situation où il devient pour elle impossible d'accorder son noble objectif avec la pure réalité qui est pour elle, qu'elle doit, pour survivre, vendre des agneaux pour qu'ils soient mangés. Je l'ai vue donc se fâcher contre des mères un peu malhabiles, parce qu'elles piétinent leurs agneaux.
Cette réaction ne vient pas de Jenny. Ces mots viennent de cet argent qu'elle doit bien gagner. Si elle veut pouvoir acheter son pain, son essence pour son tracteur, sa nourriture pour ses bêtes...
Alors je me suis dit que Jenny est esclave de ce contre quoi même elle cherche à lutter. Cela m'a semblé un peu tragique. Ou peut-être pas?
Il faut bien, parfois, savoir accepter la contradiction...
Tuesday, 16 March 2010
Une chasière
Ah! Le printemps... Les oiseaux qui gazouillent, les ruisseaux qui ruissellent, le soleil qui brille...
Les gens qui passent à la ferme sont tous intrigués par Tamtam, la truie. Ils demandent à Jenny de quelle race il s'agit, elle leur répond que c'est une vieille race écossaise.
Mais en ce qui me concerne, je dois dire que je ne me sens pas un amour débordant pour elle. Elle est un peu comme un chien qui serait tout le temps en train d'avoir faim et de s'insurger.
Les moutons aussi ont plutôt tendance à m'énerver. Je ne comprends pas leurs bêlements incessants. Quelle impatience! (Tiens, je n'ai pourtant jamais entendu les moutons de Peter et Julie bêler. Pourquoi bêlent-ils ici? Est-ce que c'est parce qu'ils sont plus nombreux?)
Par contre, mon amour pour les chèvres et les ânes grandit tous les jours.
***
J'ai passé un bon moment ces jours-ci à retaper une petite maison protégée d'une moustiquaire, qui sert à faire sécher les fromages dehors. C'est une grande boîte avec un toit de tôle et deux rayons de lattes espacée. Elle doit avoir plus de cinquante ans. Peut-être, et sans doute même, a-t-elle été construite par l'un des habitants de cette ferme. Elle est jolie, bien proportionnée.
Mais, avant que je ne m'y attaque, elle était un peu tristounette. La moustiquaire avait presque entièrement disparu, oxydée et décomposée par le temps, et les lattes du rayon inférieur était toutes pourries. Jenny m'a dit, "Regarde, ne serait-ce pas chouette de la retaper? Ce serait si joli!". D'autant plus que Jenny a vraiment besoin de quelque chose pour faire sécher ses fromages dehors. Donc, alors que en principe j'aurais dû l'aider à faire les clôtures pour le jardin, qu'il est bien plus incommode de faire seul que de retaper un sèche-fromage, Jenny m'a laissé passer deux jours et presque trois, à retaper la petite maison pour faire sécher les fromages. Elle a dit, "Tu seras contente, après, d'avoir fait quelque chose d'aussi joli".
Alors, clou par clou, j'ai défait les cadres qui entouraient jadis les moustiquaires, prenant soin de ne pas les casser, car il faudrait les récupérer. J'ai défait les lattes pourries. Jenny a coupé des planches pour moi pour les remplacer. Je les ai clouées. J'ai longuement brossé, avec de l'eau savonneuse puis de l'eau javellisée, la structure verdie par les mousses. Puis j'ai passé de l'huile de lin mélangée à de l'essence de térébenthine sur le bois. L'essence de térébenthine était parfumée d'huile d'orange, ce qui a rendu fou les abeilles, les chèvres et les moutons, qui léchaient les gouttes tombées sur le sol. J'ai passé un temps fou, incroyable, à mesurer et couper et poser des nouveaux morceaux de moustiquaires. Puis à reclouer des cadres dessus, avec des angles suffisamment à 45 degrés pour qu'ils ne soient pas trop moches.
Au début, je ne me rendais pas bien compte. Je travaillais dans le silence de la cour, avec pour seuls sons parfois, les cris des oies, un grognement du cochon, ou un faible bêlement des chèvres. Cela seul, en soit avait quelque chose de surréel, que de pouvoir s'entendre ainsi travailler.
Mais peu à peu, à force de la manipuler, à force de me rendre compte du temps qu'il a dû prendre à être pensé, à être construit, peu à peu ce sèche-fromages a pris de nouvelles dimensions. J'ai commencé à ressentir que je travaillais à redonner vie à un objet qui a été construit par quelqu'un que je ne connais pas et que je ne connaitrai jamais car ce quelqu'un est mort maintenant. Mais cette personne et moi sommes maintenant unies, par ce sèche-fromages. Nous sommes peut-être les deux uniques êtres qui avons posé des clous dessus. Et j'ai ressenti que maintenant, cet objet nous unit.
Cette personne qui a construit ce sèche-fromage, il y a des dizaines d'années, aurait-elle pu s'imaginer qu'une petite Canadienne un jour serait là pour admirer son travail?
Et alors, j'avais beau m'y efforcer, mais les cadres n'étaient jamais assez droits, ni les moustiquaires assez bien tendues, pour qu'il me semble rendre suffisamment hommage à la construction.
*
Hier, le voisin est passé, et il a vu le sèche-fromage en réparation, posé sur des tréteaux dans la cour. "Ah! a-t-il dit, mais c'est un joli sèche-fromage que vous avez là! Ici dans la région, on appelle ça une "chasière", mais je ne sais pas pourquoi". Je me suis demandée si ce n'est pas en rapport avec le fait qu'on souhaite, de par son emploi, "chasser les mouches".
*
Maintenant, la chasière est réparée, et posée à côté de la porte d'entrée, sur la grande table de chêne que Jenny a construite à cet usage.
Parfois je ferme les yeux et je rêve à cette chasière. A sa nouvelle vie. Jenny avait raison.
Les gens qui passent à la ferme sont tous intrigués par Tamtam, la truie. Ils demandent à Jenny de quelle race il s'agit, elle leur répond que c'est une vieille race écossaise.
Mais en ce qui me concerne, je dois dire que je ne me sens pas un amour débordant pour elle. Elle est un peu comme un chien qui serait tout le temps en train d'avoir faim et de s'insurger.
Les moutons aussi ont plutôt tendance à m'énerver. Je ne comprends pas leurs bêlements incessants. Quelle impatience! (Tiens, je n'ai pourtant jamais entendu les moutons de Peter et Julie bêler. Pourquoi bêlent-ils ici? Est-ce que c'est parce qu'ils sont plus nombreux?)
Par contre, mon amour pour les chèvres et les ânes grandit tous les jours.
***
J'ai passé un bon moment ces jours-ci à retaper une petite maison protégée d'une moustiquaire, qui sert à faire sécher les fromages dehors. C'est une grande boîte avec un toit de tôle et deux rayons de lattes espacée. Elle doit avoir plus de cinquante ans. Peut-être, et sans doute même, a-t-elle été construite par l'un des habitants de cette ferme. Elle est jolie, bien proportionnée.
Mais, avant que je ne m'y attaque, elle était un peu tristounette. La moustiquaire avait presque entièrement disparu, oxydée et décomposée par le temps, et les lattes du rayon inférieur était toutes pourries. Jenny m'a dit, "Regarde, ne serait-ce pas chouette de la retaper? Ce serait si joli!". D'autant plus que Jenny a vraiment besoin de quelque chose pour faire sécher ses fromages dehors. Donc, alors que en principe j'aurais dû l'aider à faire les clôtures pour le jardin, qu'il est bien plus incommode de faire seul que de retaper un sèche-fromage, Jenny m'a laissé passer deux jours et presque trois, à retaper la petite maison pour faire sécher les fromages. Elle a dit, "Tu seras contente, après, d'avoir fait quelque chose d'aussi joli".
Alors, clou par clou, j'ai défait les cadres qui entouraient jadis les moustiquaires, prenant soin de ne pas les casser, car il faudrait les récupérer. J'ai défait les lattes pourries. Jenny a coupé des planches pour moi pour les remplacer. Je les ai clouées. J'ai longuement brossé, avec de l'eau savonneuse puis de l'eau javellisée, la structure verdie par les mousses. Puis j'ai passé de l'huile de lin mélangée à de l'essence de térébenthine sur le bois. L'essence de térébenthine était parfumée d'huile d'orange, ce qui a rendu fou les abeilles, les chèvres et les moutons, qui léchaient les gouttes tombées sur le sol. J'ai passé un temps fou, incroyable, à mesurer et couper et poser des nouveaux morceaux de moustiquaires. Puis à reclouer des cadres dessus, avec des angles suffisamment à 45 degrés pour qu'ils ne soient pas trop moches.
Au début, je ne me rendais pas bien compte. Je travaillais dans le silence de la cour, avec pour seuls sons parfois, les cris des oies, un grognement du cochon, ou un faible bêlement des chèvres. Cela seul, en soit avait quelque chose de surréel, que de pouvoir s'entendre ainsi travailler.
Mais peu à peu, à force de la manipuler, à force de me rendre compte du temps qu'il a dû prendre à être pensé, à être construit, peu à peu ce sèche-fromages a pris de nouvelles dimensions. J'ai commencé à ressentir que je travaillais à redonner vie à un objet qui a été construit par quelqu'un que je ne connais pas et que je ne connaitrai jamais car ce quelqu'un est mort maintenant. Mais cette personne et moi sommes maintenant unies, par ce sèche-fromages. Nous sommes peut-être les deux uniques êtres qui avons posé des clous dessus. Et j'ai ressenti que maintenant, cet objet nous unit.
Cette personne qui a construit ce sèche-fromage, il y a des dizaines d'années, aurait-elle pu s'imaginer qu'une petite Canadienne un jour serait là pour admirer son travail?
Et alors, j'avais beau m'y efforcer, mais les cadres n'étaient jamais assez droits, ni les moustiquaires assez bien tendues, pour qu'il me semble rendre suffisamment hommage à la construction.
*
Hier, le voisin est passé, et il a vu le sèche-fromage en réparation, posé sur des tréteaux dans la cour. "Ah! a-t-il dit, mais c'est un joli sèche-fromage que vous avez là! Ici dans la région, on appelle ça une "chasière", mais je ne sais pas pourquoi". Je me suis demandée si ce n'est pas en rapport avec le fait qu'on souhaite, de par son emploi, "chasser les mouches".
*
Maintenant, la chasière est réparée, et posée à côté de la porte d'entrée, sur la grande table de chêne que Jenny a construite à cet usage.
Parfois je ferme les yeux et je rêve à cette chasière. A sa nouvelle vie. Jenny avait raison.
Thursday, 11 March 2010
Noisettes avec l'écaille
Ce matin au petit-déj, Jenny m'a bien fait rire. On parlait de vendre des produits alimentaires confectionnés soi-même. J'ai appris que, en tant qu'agricultrice inscrite, elle a le droit de vendre au marché les produits transformés de sa ferme. Elle se plaignait un peu du fait que autrement, on n'a pas le droit de vendre certaines choses, comme le pain, sans avoir suivi une formation. J'ai remarqué que, d'un autre côté, même si ça pouvait être embêtant, ça permettait un certain contrôle de la qualité. Ça lui a rappelé le développement du mouvement bio en Allemagne, dans les années 70...
Tout d'un coup, on a voulu dire non à "toute la folie". Alors on voulait des vêtements de chanvre, des sabots de bois, des aliments entiers, élever des poules, faire pousser des tomates sur son balcon.
Mais, passage de l'histoire un peu oublié aujourd'hui, dans leur soucis de vivre sainement, ces écolos ont parfois un peu mis de côté l'esthétisme et le goût.
Alors, a raconté Jenny, on se vêtait de laine de banal mouton qui piquait (oui ça pique, mais c'est écolo!), tricotée dans des pulls difformes; on mangeait du millet, mais avec un bon tiers de cailloux (nombres de plombages ce sont perdus sur le millet), et on faisait ses biscuits, mais infâmes ("tellement dégueulasses, que même les chiens n'en voulaient pas!"). "Les pauvres gamins de ces gens, à l'école, c'était terrible, personne ne voulait partager leur goûter, tellement c'était mauvais!"
Une image est fortement restée gravée dans l'esprit de Jenny, celle d'un dessin humoristique parue dans un journal, caricaturant un couple écolo: le type avec une barbe hirsute, la femme avec de longues tresses et une forte corpulence, et tous les deux avec des dents qui manquent, "parce qu'ils mangeaient les noisettes non écaillées"...
Tout d'un coup, on a voulu dire non à "toute la folie". Alors on voulait des vêtements de chanvre, des sabots de bois, des aliments entiers, élever des poules, faire pousser des tomates sur son balcon.
Mais, passage de l'histoire un peu oublié aujourd'hui, dans leur soucis de vivre sainement, ces écolos ont parfois un peu mis de côté l'esthétisme et le goût.
Alors, a raconté Jenny, on se vêtait de laine de banal mouton qui piquait (oui ça pique, mais c'est écolo!), tricotée dans des pulls difformes; on mangeait du millet, mais avec un bon tiers de cailloux (nombres de plombages ce sont perdus sur le millet), et on faisait ses biscuits, mais infâmes ("tellement dégueulasses, que même les chiens n'en voulaient pas!"). "Les pauvres gamins de ces gens, à l'école, c'était terrible, personne ne voulait partager leur goûter, tellement c'était mauvais!"
Une image est fortement restée gravée dans l'esprit de Jenny, celle d'un dessin humoristique parue dans un journal, caricaturant un couple écolo: le type avec une barbe hirsute, la femme avec de longues tresses et une forte corpulence, et tous les deux avec des dents qui manquent, "parce qu'ils mangeaient les noisettes non écaillées"...
Froid
Il fait froid ces jours-ci, et puis il neige. Il paraît que c'est la dernière vague de froid avant le printemps. La semaine prochaine, on prévoit 17.
Mais en attendant, tout doit ralentir. Trop froid pour faire des clôtures et préparer le jardin. Aussi, trop froid pour les agneaux, qui doivent alors rester à la bergerie avec leur maman. Les mâles et les femelles sans agneau peuvent rester sur la prairie dehors, mais la taille de ce troupeau diminue chaque jour, alors que les agneaux naissent, et que les nouvelles mamans et les nouveaux petits sont transférés à l'intérieur.
"Transférer les mamans et leur nouveau-né à l'intérieur." C'est vite dit. En pratique, c'est plus délicat... En voyant Jenny faire, je me dis que je pourrais jouer la Chaconne de Bach avant de pouvoir attraper un mouton. C'est terrible, ces moutons. Quand tu veux pas d'eux ils sont là, et quand tu veux d'eux ils sont pas là.
Attraper un mouton, ça semble être un peu comme attraper un ballon de rugby qui ne s'arrêterait jamais de voler et de rebondir. On utilise le border colley, Urga, qui a ça dans le sang, de rabattre les moutons. Il y passerait sa journée; dès qu'il aperçoit un mouton, il se tient à l'affût, tapi.
Différentes stratégies sont disponibles. On peut par exemple attirer le troupeau à la mangeoire avec du grain, et espérer que les bêtes seront assez concentrées sur la chose pour se laisser subrepticement attraper.
Heureusement, les moutons de cette race, Raka, sont tout petits (un mâle adulte pèse le poids d'un agneau du commerce standard), alors un fois attrapé, on peut le tenir par les cornes, en serrant les deux jambes autour de son cou, ou bien on peut le tourner sur le dos, et alors il ne bouge plus, il fait le mort (manipulation qui n'est peut-être pas recommandée tout de suite après un accouchement?).
L'autre stratégie possible, c'est d'utiliser Urga et possiblement un complice pour graduellement rabattre le troupeau dans un enclos. Le troupeau alors se meut de façon fascinante, mais ô combien peu pratique! Quand tu t'en approches, il s'ouvre, comme de l'eau s'ouvre sur une pierre qui tombe dessus.
Attraper le mouton dans ces conditions relève semble-t-il à la fois d'un grand art, et d'un grand sport. La première fois que j'ai vu Jenny faire, j'ai failli pleurer d'émotion. Surtout qu'elle a attrapé les deux qu'elle voulait, d'un seul coup. Faut le faire.
Alors donc, plusieurs fois par jour, il faut bien inspecter le troupeau. Y a-t-il un nouveau-né, y a-t-il une maman en train de mettre bas? Si on vient trop tard, on risque de trouver un petit tout raide et tout allongé, comme c'est arrivé l'autre matin. Jenny était un peu bouleversée. C'était son premier petit Raka mort à la naissance.
Mais en attendant, tout doit ralentir. Trop froid pour faire des clôtures et préparer le jardin. Aussi, trop froid pour les agneaux, qui doivent alors rester à la bergerie avec leur maman. Les mâles et les femelles sans agneau peuvent rester sur la prairie dehors, mais la taille de ce troupeau diminue chaque jour, alors que les agneaux naissent, et que les nouvelles mamans et les nouveaux petits sont transférés à l'intérieur.
"Transférer les mamans et leur nouveau-né à l'intérieur." C'est vite dit. En pratique, c'est plus délicat... En voyant Jenny faire, je me dis que je pourrais jouer la Chaconne de Bach avant de pouvoir attraper un mouton. C'est terrible, ces moutons. Quand tu veux pas d'eux ils sont là, et quand tu veux d'eux ils sont pas là.
Attraper un mouton, ça semble être un peu comme attraper un ballon de rugby qui ne s'arrêterait jamais de voler et de rebondir. On utilise le border colley, Urga, qui a ça dans le sang, de rabattre les moutons. Il y passerait sa journée; dès qu'il aperçoit un mouton, il se tient à l'affût, tapi.
Différentes stratégies sont disponibles. On peut par exemple attirer le troupeau à la mangeoire avec du grain, et espérer que les bêtes seront assez concentrées sur la chose pour se laisser subrepticement attraper.
Heureusement, les moutons de cette race, Raka, sont tout petits (un mâle adulte pèse le poids d'un agneau du commerce standard), alors un fois attrapé, on peut le tenir par les cornes, en serrant les deux jambes autour de son cou, ou bien on peut le tourner sur le dos, et alors il ne bouge plus, il fait le mort (manipulation qui n'est peut-être pas recommandée tout de suite après un accouchement?).
L'autre stratégie possible, c'est d'utiliser Urga et possiblement un complice pour graduellement rabattre le troupeau dans un enclos. Le troupeau alors se meut de façon fascinante, mais ô combien peu pratique! Quand tu t'en approches, il s'ouvre, comme de l'eau s'ouvre sur une pierre qui tombe dessus.
Attraper le mouton dans ces conditions relève semble-t-il à la fois d'un grand art, et d'un grand sport. La première fois que j'ai vu Jenny faire, j'ai failli pleurer d'émotion. Surtout qu'elle a attrapé les deux qu'elle voulait, d'un seul coup. Faut le faire.
Alors donc, plusieurs fois par jour, il faut bien inspecter le troupeau. Y a-t-il un nouveau-né, y a-t-il une maman en train de mettre bas? Si on vient trop tard, on risque de trouver un petit tout raide et tout allongé, comme c'est arrivé l'autre matin. Jenny était un peu bouleversée. C'était son premier petit Raka mort à la naissance.
Le maréchal ferrant
Me voici maintenant depuis dimanche chez Jenny, qui élève les moutons. Beaucoup de thèmes émergent subitement. Agriculture, élevage, mode de vie, vie à la ferme, animaux, leurs caractères... Tout se chamboule, et c'est dur de tout sortir de façon pas trop désordonnée.
Je suis venue pour l'aider à faire des clôtures, le jardin, de la peinture. Mais depuis lundi il fait plutôt froid, il a même neigé cette nuit, alors jusque-là je l'ai surtout aidée avec les animaux. C'est déjà pas mal. Je ne comprends pas du tout comment elle fait pour faire tout ça, tous les jours, toute seule depuis que son mari est tombé malade, depuis des mois.
Mais avant tout, je voudrais raconter le passage du maréchal ferrant, avant-hier, venu pour couper les sabots des deux ânesses (lesquelles n'ont pas besoin d'être ferrées, car elles ne vont pas sur la route). J'étais un peu surprise de voir arriver un jeune rouquin tout mignon et souriant et tout proprement habillé. Il nous a serré la main, et puis il a attaché son tablier de cuir autour de la taille, et il a calé les pattes des ânes sur ses cuisses bien musclées, et il a coupé, et râpé les sabots. Les chiens ont goulûment attrapé les morceaux de corne pour les manger. Ils adorent ça...
J'ai appris alors que les sabots des ânes ne doivent pas être taillés comme ceux des chevaux, car les ânes marchent pour ainsi dire sur la pointe, comme les chèvres, alors que les chevaux marchent plutôt le pied à plat, comme les vaches. Si on ne respecte pas ça lors de la taille, ce sont de mauvaises nouvelles qui s'annoncent pour l'animal.
Puis Jenny a invité le maréchal ferrant à prendre le café. On s'est assis autour de la table de la cuisine, on a parlé, et bien rigolé.
Il est originaire des Landes. Il s'est retrouvé dans la Creuse à cause d'une fille, et ça lui a plu, car "c'est pas plus mal qu'ailleurs", alors il est resté.
Comment il en est venu à faire ce métier: "la passion des chevaux", et que le hasard l'a mené à travailler chez un maréchal ferrant qui l'a inspiré. Alors, il a suivi une formation de maréchal dans une école pendant deux ans.
Mais son métier, c'est avec les différents patrons avec qui il a travaillé ensuite qu'il l'a surtout appris, pendant trois ans, avant de s'établir à son compte. Et ce, surtout en Allemagne. Pourquoi? Parce que "l'Allemagne est le pays des chevaux". Là-bas, il a vu des gens qui avaient à peine à manger, mais qui ne se privaient pas de débourser une forte somme pour faire ferrer leurs chevaux chez son patron, le maréchal ferrant le plus réputé du pays (ironiquement, un Français).
Ils travaillaient souvent pour une écurie de chevaux de compétition, dont j'oublie le nom, dans laquelle pas un brin de paille ne dépassait ("les palefreniers, avec leur balai, ça rigolait pas! Sitôt rendus à la fin du couloir, hop, ça repartait dans l'autre sens!"). La patronne de l'écurie, écuyère de compétition, avait au moins 30 chevaux à elle, et à n'importe quelle heure de la journée, huit heures le matin ou neuf heures le soir, on la trouvait montée à cheval. Elle faisait re-ferrer ses chevaux avant et après une compétition, et seulement par le patron. Un jour, elle est rentrée d'une compétition avec une Audi TT (qui coûte le prix d'une petite maison, m'a-t-on dit).
Il a beaucoup appris en travaillant là. En plus, il y avait que des filles dans cette écurie, alors eux les maréchaux ferrant apprentis, "ils étaient fous".
Alors donc, notre maréchal ferrant, il a adoré son séjour en Allemagne. Il y a non seulement bien appris son métier, mais en plus, les Allemands, ils font toujours la fête, si bien qu'ils rentraient parfois au travail le matin alors qu'ils revenaient de leur sortie ("Après ça on était pas bien frais, c'est sûr!"). Et en plus, un Français, en Allemagne, il est roi avec les filles!
Je suis venue pour l'aider à faire des clôtures, le jardin, de la peinture. Mais depuis lundi il fait plutôt froid, il a même neigé cette nuit, alors jusque-là je l'ai surtout aidée avec les animaux. C'est déjà pas mal. Je ne comprends pas du tout comment elle fait pour faire tout ça, tous les jours, toute seule depuis que son mari est tombé malade, depuis des mois.
Mais avant tout, je voudrais raconter le passage du maréchal ferrant, avant-hier, venu pour couper les sabots des deux ânesses (lesquelles n'ont pas besoin d'être ferrées, car elles ne vont pas sur la route). J'étais un peu surprise de voir arriver un jeune rouquin tout mignon et souriant et tout proprement habillé. Il nous a serré la main, et puis il a attaché son tablier de cuir autour de la taille, et il a calé les pattes des ânes sur ses cuisses bien musclées, et il a coupé, et râpé les sabots. Les chiens ont goulûment attrapé les morceaux de corne pour les manger. Ils adorent ça...
J'ai appris alors que les sabots des ânes ne doivent pas être taillés comme ceux des chevaux, car les ânes marchent pour ainsi dire sur la pointe, comme les chèvres, alors que les chevaux marchent plutôt le pied à plat, comme les vaches. Si on ne respecte pas ça lors de la taille, ce sont de mauvaises nouvelles qui s'annoncent pour l'animal.
Puis Jenny a invité le maréchal ferrant à prendre le café. On s'est assis autour de la table de la cuisine, on a parlé, et bien rigolé.
Il est originaire des Landes. Il s'est retrouvé dans la Creuse à cause d'une fille, et ça lui a plu, car "c'est pas plus mal qu'ailleurs", alors il est resté.
Comment il en est venu à faire ce métier: "la passion des chevaux", et que le hasard l'a mené à travailler chez un maréchal ferrant qui l'a inspiré. Alors, il a suivi une formation de maréchal dans une école pendant deux ans.
Mais son métier, c'est avec les différents patrons avec qui il a travaillé ensuite qu'il l'a surtout appris, pendant trois ans, avant de s'établir à son compte. Et ce, surtout en Allemagne. Pourquoi? Parce que "l'Allemagne est le pays des chevaux". Là-bas, il a vu des gens qui avaient à peine à manger, mais qui ne se privaient pas de débourser une forte somme pour faire ferrer leurs chevaux chez son patron, le maréchal ferrant le plus réputé du pays (ironiquement, un Français).
Ils travaillaient souvent pour une écurie de chevaux de compétition, dont j'oublie le nom, dans laquelle pas un brin de paille ne dépassait ("les palefreniers, avec leur balai, ça rigolait pas! Sitôt rendus à la fin du couloir, hop, ça repartait dans l'autre sens!"). La patronne de l'écurie, écuyère de compétition, avait au moins 30 chevaux à elle, et à n'importe quelle heure de la journée, huit heures le matin ou neuf heures le soir, on la trouvait montée à cheval. Elle faisait re-ferrer ses chevaux avant et après une compétition, et seulement par le patron. Un jour, elle est rentrée d'une compétition avec une Audi TT (qui coûte le prix d'une petite maison, m'a-t-on dit).
Il a beaucoup appris en travaillant là. En plus, il y avait que des filles dans cette écurie, alors eux les maréchaux ferrant apprentis, "ils étaient fous".
Alors donc, notre maréchal ferrant, il a adoré son séjour en Allemagne. Il y a non seulement bien appris son métier, mais en plus, les Allemands, ils font toujours la fête, si bien qu'ils rentraient parfois au travail le matin alors qu'ils revenaient de leur sortie ("Après ça on était pas bien frais, c'est sûr!"). Et en plus, un Français, en Allemagne, il est roi avec les filles!
Thursday, 4 March 2010
Rêver
Je voulais depuis quelques temps déjà parler un peu plus de Peter et Julie. Quel phénomène fascinant, que celui par lequel la relation entre deux êtres se développe et se complexifie avec le temps. Rencontrer un regard, et que ça nous fasse chaud au coeur, n'est-ce pas incroyable? Au début, on se renifle, on s'impressionne. Et puis, graduellement, les morceaux rentrent les uns dans les autres, et on se retrouve, et on se comprend, et parfois ô bonheur, on se comprend même très bien.
Partager le quotidien d'un couple, comme ça du jour au lendemain, et que ce soit toujours facile, toujours agréable, toujours amical, n'est-ce pas incroyable?
Mais enfin, mise à part leur hospitalité, Peter et Julie m'ont tous deux épatée de par toutes sortes d'aspects de leur caractère. Leur patience, leur amour pour les autres et les plantes et les animaux, leur curiosité, leur intelligence, leur bonté, le plaisir qu'il savent tirer des choses simples et de faire les choses eux-mêmes, leur sens de l'humour qui ne tarit jamais.
Mais, un de leurs traits le plus frappant pour moi est leur absence totale de peur d'entreprendre quelque chose de nouveau. Pour cette raison j'arrive très bien non seulement à comprendre qu'ils désirent mener ce mode de vie d'auto-suffisance, mais aussi à imaginer qu'ils pourront y parvenir plutôt bien.
Je ne crois pas avoir rencontré auparavant des gens qui, comme eux, lorsqu'une idée leur vient, le soir-même se seront informés sur le sujet, le lendemain auront expérimenté l'idée, et le sur-lendemain l'auront appliquée, en général semble-t-il, avec succès. Moi, si une idée me vient, je commence d'abord par en rêver longuement... tout en souhaitant, vaguement, qu'un jour elle sera peut-être réalisée...
Mais Peter et Julie ne rêvent pas. Ils font ce qu'ils rêvent, et cela leur apporte la plus grande joie. Et puis, le plus fort, c'est qu'ils rêvent de toutes sortes de choses. Des plus simples (comme de sculpter une cuillère en bois, ou de filer leur propre laine), aux plus compliquées (comme de vivre en auto-suffisance!).
Partager le quotidien d'un couple, comme ça du jour au lendemain, et que ce soit toujours facile, toujours agréable, toujours amical, n'est-ce pas incroyable?
Mais enfin, mise à part leur hospitalité, Peter et Julie m'ont tous deux épatée de par toutes sortes d'aspects de leur caractère. Leur patience, leur amour pour les autres et les plantes et les animaux, leur curiosité, leur intelligence, leur bonté, le plaisir qu'il savent tirer des choses simples et de faire les choses eux-mêmes, leur sens de l'humour qui ne tarit jamais.
Mais, un de leurs traits le plus frappant pour moi est leur absence totale de peur d'entreprendre quelque chose de nouveau. Pour cette raison j'arrive très bien non seulement à comprendre qu'ils désirent mener ce mode de vie d'auto-suffisance, mais aussi à imaginer qu'ils pourront y parvenir plutôt bien.
Je ne crois pas avoir rencontré auparavant des gens qui, comme eux, lorsqu'une idée leur vient, le soir-même se seront informés sur le sujet, le lendemain auront expérimenté l'idée, et le sur-lendemain l'auront appliquée, en général semble-t-il, avec succès. Moi, si une idée me vient, je commence d'abord par en rêver longuement... tout en souhaitant, vaguement, qu'un jour elle sera peut-être réalisée...
Mais Peter et Julie ne rêvent pas. Ils font ce qu'ils rêvent, et cela leur apporte la plus grande joie. Et puis, le plus fort, c'est qu'ils rêvent de toutes sortes de choses. Des plus simples (comme de sculpter une cuillère en bois, ou de filer leur propre laine), aux plus compliquées (comme de vivre en auto-suffisance!).
Tuesday, 2 March 2010
Storm, music
Haven't I written for almost a week? Where did that week go?
Well, for one thing, we have been out of internet for a few days, when the "storm of the decade" hit a great part of France over three or four days. One night, the wind was so strong that Lindsey and I, in the camper van, felt like we would be blown away. In the morning, it was found that a pole had fallen on the chimney and broken it, and that the geese house and the sheep shed had been destroyed. The tiny greenhouse where the newspaper pots which I had made were kept, had fallen down, and the wind had scattered the paper pots all around the farm, along the road, and in the neighboring field. And an ash tree, as large as I am long, had fallen down on the road.
*
**
*
Friday night we went to a music event in Crevant, about 20 km away. Well we almost didn't go, because Peter while driving out of the house was so excited that he drove the car into the muddy ditch. I think that getting the car out of the ditch has been the most exciting moment of the evening for him. (In fact, it seems that almost every time we take the car, there is something to solve with it; not enough gas, a flat tire, the car not starting... I wonder if Peter purposefully and secretly keeps his car in 'on the edge' condition so that he can get a blast fixing issues and having little crisis moments.)
The music event in Crevant was an open mic held every two weeks, organized by the crowd of British who live around here (they are in great part retired, and need to create entertainment for themselves). The place was filled with surprisingly-unfriendly-looking-surprisingly-British-looking people. Some great pieces were played, and some very boring and ugly ones too. Two guys played incredibly boring folk songs at the violin, surprisingly followed with amazing electric guitars and Sex Pistols.
For a while I spoke with a French woman who lives nearby. The conversation started when she learned that I am Canadian, because she had always dreamed of visiting Canada, because a friend of her parents, when she was a child, came from there - and from the way she repeatedly spoke about him, I think she must have had a crush on him. She was very pleasant.
She and her husband had held a bar-restaurant their whole working life. Working from 8 am to 10 pm in the winter, later in the summer, only taking off Sundays and one month in the Fall. At night, she would immediately fall asleep when she got to bed. And oh, how she enjoyed her Sunday. Sleeping late. Watching television. Sunday evening was sacred.
As I told her that it must have been pretty hard, she replied, "yes, it was hard, but it was fun, and it was our life. Most of our customers were our friends, and we would party with them too. No, I do not regret it."
A few months after she retired, she was diagnosed with breast cancer. That was hard as well. But now, two years later, she is back on her feet.
She gave me her address. She said I should go visit them at their house. She had the kindest smile and energy. When I left, we exchanged kisses across the table.
Well, for one thing, we have been out of internet for a few days, when the "storm of the decade" hit a great part of France over three or four days. One night, the wind was so strong that Lindsey and I, in the camper van, felt like we would be blown away. In the morning, it was found that a pole had fallen on the chimney and broken it, and that the geese house and the sheep shed had been destroyed. The tiny greenhouse where the newspaper pots which I had made were kept, had fallen down, and the wind had scattered the paper pots all around the farm, along the road, and in the neighboring field. And an ash tree, as large as I am long, had fallen down on the road.
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Friday night we went to a music event in Crevant, about 20 km away. Well we almost didn't go, because Peter while driving out of the house was so excited that he drove the car into the muddy ditch. I think that getting the car out of the ditch has been the most exciting moment of the evening for him. (In fact, it seems that almost every time we take the car, there is something to solve with it; not enough gas, a flat tire, the car not starting... I wonder if Peter purposefully and secretly keeps his car in 'on the edge' condition so that he can get a blast fixing issues and having little crisis moments.)
The music event in Crevant was an open mic held every two weeks, organized by the crowd of British who live around here (they are in great part retired, and need to create entertainment for themselves). The place was filled with surprisingly-unfriendly-looking-surprisingly-British-looking people. Some great pieces were played, and some very boring and ugly ones too. Two guys played incredibly boring folk songs at the violin, surprisingly followed with amazing electric guitars and Sex Pistols.
For a while I spoke with a French woman who lives nearby. The conversation started when she learned that I am Canadian, because she had always dreamed of visiting Canada, because a friend of her parents, when she was a child, came from there - and from the way she repeatedly spoke about him, I think she must have had a crush on him. She was very pleasant.
She and her husband had held a bar-restaurant their whole working life. Working from 8 am to 10 pm in the winter, later in the summer, only taking off Sundays and one month in the Fall. At night, she would immediately fall asleep when she got to bed. And oh, how she enjoyed her Sunday. Sleeping late. Watching television. Sunday evening was sacred.
As I told her that it must have been pretty hard, she replied, "yes, it was hard, but it was fun, and it was our life. Most of our customers were our friends, and we would party with them too. No, I do not regret it."
A few months after she retired, she was diagnosed with breast cancer. That was hard as well. But now, two years later, she is back on her feet.
She gave me her address. She said I should go visit them at their house. She had the kindest smile and energy. When I left, we exchanged kisses across the table.
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