Thursday, 11 March 2010

Le maréchal ferrant

Me voici maintenant depuis dimanche chez Jenny, qui élève les moutons. Beaucoup de thèmes émergent subitement. Agriculture, élevage, mode de vie, vie à la ferme, animaux, leurs caractères... Tout se chamboule, et c'est dur de tout sortir de façon pas trop désordonnée.

Je suis venue pour l'aider à faire des clôtures, le jardin, de la peinture. Mais depuis lundi il fait plutôt froid, il a même neigé cette nuit, alors jusque-là je l'ai surtout aidée avec les animaux. C'est déjà pas mal. Je ne comprends pas du tout comment elle fait pour faire tout ça, tous les jours, toute seule depuis que son mari est tombé malade, depuis des mois.

Mais avant tout, je voudrais raconter le passage du maréchal ferrant, avant-hier, venu pour couper les sabots des deux ânesses (lesquelles n'ont pas besoin d'être ferrées, car elles ne vont pas sur la route). J'étais un peu surprise de voir arriver un jeune rouquin tout mignon et souriant et tout proprement habillé. Il nous a serré la main, et puis il a attaché son tablier de cuir autour de la taille, et il a calé les pattes des ânes sur ses cuisses bien musclées, et il a coupé, et râpé les sabots. Les chiens ont goulûment attrapé les morceaux de corne pour les manger. Ils adorent ça...

J'ai appris alors que les sabots des ânes ne doivent pas être taillés comme ceux des chevaux, car les ânes marchent pour ainsi dire sur la pointe, comme les chèvres, alors que les chevaux marchent plutôt le pied à plat, comme les vaches. Si on ne respecte pas ça lors de la taille, ce sont de mauvaises nouvelles qui s'annoncent pour l'animal.

Puis Jenny a invité le maréchal ferrant à prendre le café. On s'est assis autour de la table de la cuisine, on a parlé, et bien rigolé.

Il est originaire des Landes. Il s'est retrouvé dans la Creuse à cause d'une fille, et ça lui a plu, car "c'est pas plus mal qu'ailleurs", alors il est resté.

Comment il en est venu à faire ce métier: "la passion des chevaux", et que le hasard l'a mené à travailler chez un maréchal ferrant qui l'a inspiré. Alors, il a suivi une formation de maréchal dans une école pendant deux ans.

Mais son métier, c'est avec les différents patrons avec qui il a travaillé ensuite qu'il l'a surtout appris, pendant trois ans, avant de s'établir à son compte. Et ce, surtout en Allemagne. Pourquoi? Parce que "l'Allemagne est le pays des chevaux". Là-bas, il a vu des gens qui avaient à peine à manger, mais qui ne se privaient pas de débourser une forte somme pour faire ferrer leurs chevaux chez son patron, le maréchal ferrant le plus réputé du pays (ironiquement, un Français).

Ils travaillaient souvent pour une écurie de chevaux de compétition, dont j'oublie le nom, dans laquelle pas un brin de paille ne dépassait ("les palefreniers, avec leur balai, ça rigolait pas! Sitôt rendus à la fin du couloir, hop, ça repartait dans l'autre sens!"). La patronne de l'écurie, écuyère de compétition, avait au moins 30 chevaux à elle, et à n'importe quelle heure de la journée, huit heures le matin ou neuf heures le soir, on la trouvait montée à cheval. Elle faisait re-ferrer ses chevaux avant et après une compétition, et seulement par le patron. Un jour, elle est rentrée d'une compétition avec une Audi TT (qui coûte le prix d'une petite maison, m'a-t-on dit).

Il a beaucoup appris en travaillant là. En plus, il y avait que des filles dans cette écurie, alors eux les maréchaux ferrant apprentis, "ils étaient fous".

Alors donc, notre maréchal ferrant, il a adoré son séjour en Allemagne. Il y a non seulement bien appris son métier, mais en plus, les Allemands, ils font toujours la fête, si bien qu'ils rentraient parfois au travail le matin alors qu'ils revenaient de leur sortie ("Après ça on était pas bien frais, c'est sûr!"). Et en plus, un Français, en Allemagne, il est roi avec les filles!