Ce matin au petit-déj, Jenny m'a bien fait rire. On parlait de vendre des produits alimentaires confectionnés soi-même. J'ai appris que, en tant qu'agricultrice inscrite, elle a le droit de vendre au marché les produits transformés de sa ferme. Elle se plaignait un peu du fait que autrement, on n'a pas le droit de vendre certaines choses, comme le pain, sans avoir suivi une formation. J'ai remarqué que, d'un autre côté, même si ça pouvait être embêtant, ça permettait un certain contrôle de la qualité. Ça lui a rappelé le développement du mouvement bio en Allemagne, dans les années 70...
Tout d'un coup, on a voulu dire non à "toute la folie". Alors on voulait des vêtements de chanvre, des sabots de bois, des aliments entiers, élever des poules, faire pousser des tomates sur son balcon.
Mais, passage de l'histoire un peu oublié aujourd'hui, dans leur soucis de vivre sainement, ces écolos ont parfois un peu mis de côté l'esthétisme et le goût.
Alors, a raconté Jenny, on se vêtait de laine de banal mouton qui piquait (oui ça pique, mais c'est écolo!), tricotée dans des pulls difformes; on mangeait du millet, mais avec un bon tiers de cailloux (nombres de plombages ce sont perdus sur le millet), et on faisait ses biscuits, mais infâmes ("tellement dégueulasses, que même les chiens n'en voulaient pas!"). "Les pauvres gamins de ces gens, à l'école, c'était terrible, personne ne voulait partager leur goûter, tellement c'était mauvais!"
Une image est fortement restée gravée dans l'esprit de Jenny, celle d'un dessin humoristique parue dans un journal, caricaturant un couple écolo: le type avec une barbe hirsute, la femme avec de longues tresses et une forte corpulence, et tous les deux avec des dents qui manquent, "parce qu'ils mangeaient les noisettes non écaillées"...