Me revoici, après une pause d'écriture, et un mois dans le Périgord chez un maraîcher Belge.
Je suis maintenant dans l'Ariège depuis deux jours. Autant le Périgord me laisse plutôt froide, autant je sens que je suis en train de tomber en amour pathétique avec l'Ariège. Petites montagnes de forêts mixtes parsemées de ruisseaux. Constructions jolies, originales et soignées. Culture riche et ouverte. Population souriante.
Ici, mes hôtes sont catalans. Lui (Juan), forcé par sa famille, avait étudié l'ingénérie, il y a une vingtaine d'années. Et, une fois son diplôme obtenu, il est parti dans les montagnes de Catalogne. Faire de l'agriculture.
Juan dit qu'en Espagne encore plus qu'en France, le travail manuel est totalement dévalorisé. Et que si on réussit à l'école, il est presque impossible de ne pas étudier. Mais, dit-il, c'est un problème, parce que tous ces gens qui étudient mais dont on n'a pas besoin ou qui ensuite se rendent compte qu'ils veulent pas forcément faire un travail intellectuel, n'ont jamais développé leurs habiletés manuelles, qui sont bien difficiles à développer ensuite. Il dit qu'on peut tout de suite voir si quelqu'un a travaillé un peu avec ses mains dans sa jeunesse, ou pas. A ce sujet, il trouve que les Américains, qui sont encouragés à faire toutes sortes de boulots dans leur jeunesse, sont beaucoup plus débrouillards que les Européens.
Il y a une dizaine d'années, lui et sa femme (Sol) ont voulu s'installer sur une terre à eux. Ils n'ont rien trouvé en Catalogne. On leur a parlé de cette région en France, très cosmopolite et vibrante. Ils sont venus ici chercher, pendant un an, puis ont trouvé cette terre, sur un coteau, avec vue sur les collines au loin. Pendant trois ans ils ont logé dans une caravane, alors qu'ils construisaient leur maison de leurs mains. Magnifique maison, en bois, pierre, terre cuite, chaux. Ils ont aussi construit leur citerne pour collecter l'eau de pluie qu'ils utilisent pour le jardin, le nettoyage, donner à boire à leur quatre chevaux. Et puis ils ont eu deux enfants. Et puis ils ont construit un magnifique gîte, qu'ils sont en train de terminer maintenant. Ils vendent au marché des produits transformés de leurs légumes.
Juan et Sol sont incroyablement souriants, calmes et sympathiques. A table, avec l'autre wwoofeuse ici, Linde, jeune fille belge flamande, on discute de tout et de n'importe quoi, c'est à dire jusqu'à présent, beaucoup des différences entre les différentes cultures et de leurs causes. Il dit, à propos de sa longue expérience avec les wwoofers, "c'est fou, 90% du temps, tu prends un Américain, et tu lui dis de faire un truc, et il le fait. Mais tu prends un Français, et il se met à réfléchir, et à te sortir tous les problèmes potentiels avec le projet, et à trouver toutes les raisons pour lesquelles il ne faut pas faire ce truc". Linde elle trouve que cela est encore plus vrai en Belgique flamande qu'en France. Juan suggère que les Américains en général sont plus entreprenants que les Européens parce qu'ils n'ont pas autant d'histoire et de peurs accumulées. Idée intéressante.
Juan et Sol disent que pour eux, le but principal du wwoofing, c'est l'échange, "parce que sinon, bah, c'est pas la peine, eh", dit Juan, avec son accent Catalan.
(Au fait, je comprends pas pourquoi on s'efforce de supprimer notre accent quand on apprend une langue étrangère, c'est tellement mignon, les accents).
Au fait, eux comme les Ecossais disent que Helpx est en train de prendre beaucoup plus d'envergure que Wwoof, depuis qu'il faut payer pour chaque pays pour s'inscrire sur wwoof. Ils reçoivent une bonne trentaine de demandes par semaine en ce moment.